La prohibition des drogues est un facteur d’insécurité

16 06 2011

Publié ce jour dans Le Monde un article de M. Korkoreff, professeur de sociologie à l’université Nancy-II.

Il est a noté que les politiques utilisent souvent l’argument du manque de recherche scientifique pour baser le débat.

Il est donc bon de rappeler que la communauté scientifique a les mains liée par les décisions politiques et les laboratoires pharmaceutiques qui financent les recherches. Ajoutez à cela le système en place pour la publications des résultats de recherche et vous comprendrez aisément que les études sur les effets du cannabis sont limitées par de trop nombreux facteurs.

Voici donc un avis scientifique sur les effets de la prohibition:

Le débat public sur les politiques en matière de drogues prend une tournure nouvelle. C’est le cas en France, avec la question de la « dépénalisation du cannabis », les salles de consommation à moindres risques, ou encore l’échec patent de la « guerre nationale contre les trafiquants des cités ». Mais il s’agit d’un débat qui s’inscrit à une plus large échelle, tant les questions des drogues se sont mondialisées.

Premier aspect fondamental, le consensus sur la « guerre contre la drogue » s’est érodé. L’ONU a reconnu en 2008 l’échec de cette politique impulsée par Ronald Reagan. En réalité, elle s’est trop souvent transformée en une « guerre contre les usagers et leurs communautés ».

Lors de son assemblée du 26 octobre 2010, un rapport fondé sur des synthèses validées par des experts internationaux a, entre autres recommandations, préconisé la décriminalisation de l’usage et de la possession de drogues. La commission globale sur la politique des drogues, créée au début de l’année, a remis en mai un rapport visant à ouvrir un débat mondial sur les alternatives à la lutte antidrogue, car « les mesures répressives (…) ont échoué à faire baisser l’offre ou la demande ».

De fait, deuxième aspect, les politiques publiques se sont adaptées à la massification des consommations. Au sein de la communauté européenne, on observe que les sanctions applicables pour la consommation ou la possession pour usage personnel ont été revues à la baisse depuis 2001, soit pour toutes les drogues (Estonie, Grèce, Hongrie, Portugal, Finlande), soit pour le cannabis seul (Belgique, Luxembourg). Le Portugal a opté, depuis 1999, pour une politique de décriminalisation.

Son évaluation, dix ans plus tard, démontre qu’elle n’implique pas une augmentation des usages et favorise les prises en charge sanitaires et thérapeutiques. Toutefois, au cours de cette période, tous les pays n’ont pas réduit les peines maximales et probables. C’est le cas de la France, où la « pénalisation » de l’usage atteint des niveaux jamais égalés, comme l’a rappelé une note de synthèse récente de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT).

C’est que, troisième aspect, la prévalence (mesure de l’état de santé d’une population pour une période donnée) des usages est élevée. Nous disposons désormais de données statistiques sur les consommations démontrant que les consommations constituent un fait social indéniable.

Ainsi, au sein de l’Union européenne, selon les données du rapport de 2008 de l’Observatoire européen des drogues et des toxicomanies (OEDT), on estime la prévalence de l’usage de cannabis au cours de la vie à 71 millions de personnes (12 millions pour la cocaïne), la consommation au cours de l’année 2010 à 23 millions (4 millions pour la cocaïne) et celle au cours du mois de mai à 12 millions (2 millions pour la cocaïne).

Aux Etats-Unis, on estimait en 2005 à 49 % la prévalence de la consommation de cannabis au cours de la vie chez les jeunes adultes (18-35 ans) et à 21 % la prévalence au cours de l’année. Le cas de la France indique un écart comparable entre une politique de fermeté et des consommations massives. Les données sur la prévalence étaient respectivement de 12 millions (au cours de la vie), de 5 millions (en 2010) et de 1,2 million (au cours du mois de mai), sans parler des usages quotidiens (550 000). Si on enregistre une baisse relative ces dernières années dans l’Hexagone, il faut rappeler que les niveaux étaient exceptionnellement hauts.

Un quatrième aspect concerne les trafics de drogues et leur impact sur leur environnement social et urbain. Nous savons que l’économie clandestine des drogues s’est implantée durablement dans les grandes villes et les quartiers les plus pauvres au cours des années 1970. Elle a connu des transformations majeures (éclatement des structures pyramidales, dissémination des réseaux, professionnalisation des dealers, usage accru de la violence dans la régulation des conflits, etc.).

On pourra regretter de ne pas disposer d’une base de données statistiques solides sur les trafics dans les villes européennes. Mais, en France notamment, les faits divers dramatiques rapportés au quotidien montrent les effets pervers d’une stratégie policière qui déstabilise et déplace les réseaux sans les éradiquer. Pour une double raison : d’un côté, la situation sociale est le moteur du business, et ses « têtes » disposent d’une « armée de réserve » illimitée pour satisfaire une demande forte ; de l’autre, le business est une alternative au mépris et au déshonneur, elle confère une reconnaissance et une dignité – quoi qu’on en pense.

Bien évidemment, ces dimensions sont liées. On l’a bien vu aux Etats-Unis, à travers le débat portant sur la légalisation de la marijuana, en 2009. Tous les médias – y compris les plus conservateurs – ont traité cette question. Les enjeux en sont multiples : économiques (les taxes sur la marijuana rapporteraient entre 40 et 100 milliards de dollars), liés à la sécurité (la recomposition de la géographie des cartels a conduit à des milliers de morts au Mexique) et à la gestion pénale de la criminalité (désengorger les tribunaux et les prisons des usagers simples), ainsi qu’à la santé publique (le risque de dépendance est faible, comparé à l’alcool et au tabac).

Il importe donc de prendre au sérieux ce débat à la fois mondial et régional. L’enjeu est de clarifier les enjeux et les arguments de façon pragmatique plutôt que de manière idéologique. Non pas de jouer sur les peurs des opinions que suscite ce « fléau social », mais de sortir du statu quo qui nourrit les hypocrisies de toute sorte. Le mythe de sociétés sans drogues a vécu, la massification des usages le démontre. La prohibition n’est pas seulement coûteuse et inefficace, elle est devenue une source majeure d’insécurité.

Réactualiser le cadre législatif, adapter les politiques publiques en fonction des risques réels et des situations locales, s’interroger sur la fonction sociale des usages et les mutations de société qu’elle révèle sont une nécessité politique.

 

Une bonne partie des élus devrait lire ce genre d’information avant de se faire publier sur des quotidiens nationaux. Peut être que la mention d’insécurité donnera envie au président de l’utiliser pour sa prochaine campagne???

Note: Le titre de l’article sur Le Monde a été modifié pour etre plus fidel au texte.

Ouvrage : « La drogue est-elle un problème ? Usages, trafics et politiques publiques » (Petite Bibliothèque Payot, 2010).

Michel Kokoreff, professeur de sociologie à l’université Nancy-II.





La Féderation Française des addictions appel a un débat déraisonné après les présidentielles

10 06 2011

Pr ReynaudPour une fois en France, la FFA, par la voix du Pr Reynaud, fait entendre son opinion sur la dépénalisation du cannabis. Son avis qui vise a réserver un débat dépassionné pour après les élections est une première et souligne a quel point il est difficile d’avoir un débat éclairé en période électorale.

Il serait pourtant important d’ouvrir le débat au plus tôt pour sortir de ce cercle infernal de répression-criminalisation mais la tendance des partis politique a instrumentaliser ce qui au final est un argument de campagne pour essayer de gagner des voix (ou les voler au voisin) donne tout son sens aux propos relaté par l’AFP. Il demande aussi que le débat soit fondé sur des fait scientifiques, et non sur les croyances de chaque camps.

Vous trouverez ci-dessous la déclaration qu’il a fait hier auprès de l’agence France-Presse:

Cannabis : un débat dépassionné après les présidentielles

PARIS – Le Pr Michel Reynaud, vice-président de la Fédération française des addictions (FFA), s’est prononcé jeudi, à propos de la polémique sur une dépénalisation du cannabis, pour un débat dépassionné, après les présidentielles, et un débat scientifique.

Il faut sortir du front contre front absurde, a-t-il déclaré à l’AFP, à l’occasion de la présentation du Livre blanc de l’addictologie française.

L’abord légal-illégal est dépassé, parce que on ne peut pas limiter la toxicité d’un produit au fait qu’il est illégal, a-t-il dit. Donc il doit y avoir un abord un peu plus intelligent et des mesures un petit peu plus pragmatiques.

C’est un débat dont on ne souhaiterait pas qu’il se tienne maintenant, parce qu’il va être instrumentalisé et poussé aux extrêmes, a affirmé le Pr Reynaud, responsable de l’Albatros (Centre d’enseignement, de recherche et de traitement des addictions, hôpital Paul Brousse, AP-HP).

La loi de 70, prohibitive, a fait la preuve de son inefficacité absolue. Elle n’a pas empêché les consommations d’augmenter, a souligné le psychiatre.

On n’est plus en 70, on est en 2011 à essayer de modifier les comportements addictifs, à essayer de les réguler, à essayer de les prévenir, a-t-il ajouté.

Il nous semble que la question du cannabis se pose plutôt du côté de la sécurité publique et de l’économie que de la santé publique, et donc après, c’est à la population et aux politiques de voir s’il y a des bénéfices économiques et de sécurité à modifier la législation, a déclaré le Pr Reynaud.

La seule chose qu’on demande, c’est que la consommation privée ne soit plus criminalisée, comme au Portugal, a-t-il ajouté. Par contre il faut criminaliser, pénaliser, tous les dommages faits à autrui, a dit le médecin.

(©AFP / 09 juin 2011 16h02)

A noter que la FFA demande une décriminalisation de l’usage, et insiste sur la criminalisation des malfaiteurs.

Le cannabis est inscrit depuis 1970 dans la liste des stupéfiants, qui selon la définition du dictionnaire: « sont des stupéfiants les substances inscrites dans la liste des stupéfiants », une définition certainement loin d’être intelligente ni pragmatique.

Serait-il enfin temps en France d’adopter un discours pragmatique et de dissocier les usagers des vrais criminels dans un débat a l’échelle nationale?

Source: AFP





Le cannabis medical en Suisse: Déjà une réalité?

12 08 2010

Le cannabis médical peut être utilisé sous de nombreuses formes

Les députés doivent travailler à partir de septembre sur un projet de loi sur les stupéfiants destiné à permettre l’homologation auprès des autorités suisses de médicaments à base de chanvre, a précisé une porte-parole de l’Office fédéral de la santé publique.

Avec une efficacité reconnue depuis une vingtaine d’années dans le traitement de la douleur, le cannabis est prescrit dans un but thérapeutique aux États-Unis et aux Pays-Bas. On l’utilise notamment pour soulager les patients atteints de sclérose en plaques, de cancer, de glaucome ou encore de troubles de l’appétit.

En Suisse, le produit est disponible dans une version édulcorée : son actif principal, le THC (tétrahydrocannabinol), se vend en pharmacie sous forme de comprimés. Mais le nouveau projet comporte notamment un volet visant à autoriser l’usage thérapeutique du cannabis sous forme de gouttes, de spray buccal ou de cachets. Aucune source ne permet d’affirmer si le cannabis sous sa forme la plus pure (ses fleurs) sera aussi disponible comme c’est le cas en Hollande.

Si elle est adoptée, la loi entrera en vigueur au premier semestre 2011. Les médicaments réalisés à base de chanvre seraient alors disponibles en pharmacies sur ordonnance.

Pourtant il ne serai pas non plus nécessaire d’attendre leurs conclusions.

En effet, la Loi fédérale sur les stupéfiants et les substances psychotropes (Loi sur les stupéfiants, LStup), indique clairement que les médecins peuvent prescrire des stupéfiants (donc le cannabis) :

Art. 9
Les médecins, les médecins-dentistes, les médecins-vétérinaires et les dirigeants responsables d’une pharmacie publique ou d’hôpital qui exercent leur profession sous leur propre responsabilité, en vertu d’une décision de l’autorité cantonale prise en conformité de la loi fédérale du 19 décembre 1877 concernant l’exercice des professions de médecin, de pharmacien et de vétérinaire dans la Confédération suisse, peuvent sans autorisation se procurer, détenir, utiliser et dispenser des stupéfiants dans les limites que justifie l’exercice, conforme aux prescriptions, de leur profession. Sont réservées les dispositions cantonales réglant la dispensation directe par les médecins et les médecins-vétérinaires.

Art. 10
Les médecins et les médecins-vétérinaires visés par l’art. 9 sont autorisés à prescrire des stupéfiants.

La modification de la LStup datant de mars 2008 (acceptée en votation le 30 Novembre 2008), ne change rien :

Art. 10, al. 1
Les médecins et les médecins-vétérinaires qui exercent leur profession sous leur propre responsabilité au sens de la loi du 23 juin 2006 sur les professions médicales sont autorisés à prescrire des stupéfiants.

Les articles 19 et 19a indiquent toujours la mention : Celui qui, sans droit ! Et ce droit est donné par le médecin avec l’article 10 !

Art. 19a

Celui qui, sans droit, aura consommé intentionnellement des stupéfiants ou celui qui aura commis une infraction à l’art. 19 pour assurer sa propre consommation est passible de l’amende.

On peut donc dire clairement que : En Suisse, Le Cannabis Médical : C’est Légal !!!

Mais ce n’est pas aussi simple que cela : Il vous faut un certificat médical de votre médecin qui explique la raison de sa prescription de cannabis médical pour votre santé. Et vous devrez vous battre pour avoir raison. La police ne respectant qu’une seule règle : le cannabis est interdit ! vous devrez passer devant le juge et affirmé votre position, vos convictions et surtout mettre en avant la loi qui vous protège ! Ce sera un peu dur, même difficile, mais vous serez très heureux quand le juge devras reconnaitre que selon la loi fédérale sur les stupéfiants : en suisse, Le Cannabis Médical : C’est Légal !!!

Ainsi la nouvelle loi sur les stupéfiants changerai le statu juridique du cannabis médical en le rendant légitime mais surtout la démarche serai bien plus accessible qu’a l’heure actuelle.

Vous trouverez davantage d’informations sur le cannabis médical en visitant le site de l’Association Internationale pour le Cannabis Médical (IACM) : http://www.acmed.org/, la rubrique : Le Chanvre et la Médecine sur le site de chanvre-info.ch ou en anglais le site d’encod.org sur les Cannabis Social Clubs.








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