Désinformation sur le cannabis

20 03 2013

Voici encore un exemple de désinformation sur le cannabis qui en dit long sur les motivations des prohibitionnistes.

Un effort destructif

Un article publié hier dans le quotidien britannique gratuit Metro relate la dernière campagne de soi disant prévention d’une association nommée « crimstoppers ». Étant donné que Metro est gratuit, il ne fait aucun doute que les quelques journalistes employés n’ont pu avoir le temps d’enquêter plus en détail sur le message transmis par cette association de lutte contre le crime. Très probablement s’agit-il ici d’un communiqué de presse préparé par l’association elle-même qui tente d’utiliser la méthode récemment utilisée aux Pays-Bas pour lutter contre la production illicite de cannabis, les carte à gratter vecteur d’éducation pour délateurs en herbe.

Ainsi, comme un des commentaires le rappelle à juste titre, des cartes en papier issue de pâte de bois traité au sulfure sont utilisées pour lutter contre la production d’une ressource naturelle qui pourrait très bien servir à produire du papier de bien meilleure qualité.

Mais peut importe, il faut informer les citoyens du danger qui menace leur voisinage, car la culture de cannabis implique forcément un crime organisé. Ce n’est pas comme si tout le matériel nécessaire était disponible à la vente et que chacun désireux de payer des taxes et leurs factures d’électricité le faisait en son âme et conscience pour réduire les risques associés au marché noir. Non, la carte montre une plantation de fleurs femelles de cannabis (retouchée, la réalité serait bien trop informative) avec des pistolets automatiques plantés dans certains pots, car c’est bien connu, les 9mm poussent dans les mêmes conditions que le cannabis.

"Les fermes de cannabis cultivent bien plus que de la drogue"

« Les fermes de cannabis cultivent bien plus que de la drogue »

Un article « à sensations »

Plus sérieusement, cette carte montre parfaitement les conséquences de la prohibition punitive mise en place pour limiter les abus du cannabis, puisqu’elle associe sa culture au crime organisé, conséquence direct de la prohibition. Il suffit de se pencher sur les USA des années 20 durant la prohibition de l’alcool et l’émergence des barons du crime comme Al Capone pour tirer cette conclusion. Pour faire une comparaison simple, penchons-nous sur la situation au Royaume-Uni :

Les deux dernières années, 1 millions de plantes ont été éradiquées, représentant (selon les autorités britanniques) une valeur de £200 millions. Pendant ce temps, la compagnie pharmaceutique cotée en bourse GW pharma a cultivé environ 40 tonnes de fleurs de cette terrible plante dans une serre gardée secrète dans le sud de l’Angleterre pour produire du Sativex.

Que dire donc de cette dichotomie où une compagnie peut produire une substance en quantité bien plus large que n’importe quelle organisation criminelle sans être inquiétée par la justice une seule seconde, alors que des malades atteints de scléroses en plaques, myopathies et autres conditions débilitantes sont emprisonnés pour ne pas avoir acheté le produit issu des serres de GW?

Une désinformation peut en cacher une autre

Un autre fait choquant dans cette revue de presse est l’utilisation de photos représentant un activiste français, Dominique Broc, devant une salle de culture avec pour légende:

Ofgem estimates £400million worth of power is illegally diverted to heat and light cannabis farms (Picture: Getty)

Qui peut être traduit ainsi:

Ofgem (Bureau de l’énergie) estime à £400 millions (€467 millions) le montant d’énergie dérivée illégalement pour chauffer et éclairer les fermes de cannabis (image: getty)

Or quiconque connait un tant soit peu le combat mené par Dominique saura qu’il n’a en aucun cas détourné illégalement de l’énergie pour produire son propre cannabis. Est-ce volontairement qu’un militant qui ose se présenter comme un consommateur/producteur responsable et raisonnable est associé à une campagne de propagande outre-manche?

On est en droit de se poser la question quant aux motivations réelles d’une association qui, pour lutter contre le crime, propage des informations approximatives si ce n’est obsolètes. Surtout lorsque des médias francophones commencent à relater ce genre d’information comme le site Belge 7sur7.

Une association à but non lucratif

Qu’est-ce qui peut pousser une association à publier un tel ramassis de désinformation et propagande? L’association Crimestoppers offre depuis 25 ans la possibilité de reporter anonymement des crimes aux autorités, lesquelles ont pouvoir de décision sur les lois qui définissent ces mêmes crimes. Elle est donc dépendante des autorités et lutte contre le crime autant qu’un exterminateur qui pulvérise un aérosol en espérant que tous les nuisibles seront détruits.

Ils n’ont pas besoin d’éradiquer le crime pour exister, en fait sans crimes cette association n’existerait pas, elle ne générerait pas de cohésion sociale et donc ne pourrait pas réclamer des aides gouvernementales. Aussi louable que soient leurs intentions, les militants impliqués dans cette association ne sont que des rouages dans l’engrenage qu’Orson Wells avait décrit dans 1984.

Il est donc très difficile voire impossible de séparer le bon du mauvais, comme partout, et ceux qui considèrent le monde de manière manichéenne devraient comprendre ce simple fait : c’est dans l’excès que le danger est le plus présent.

 

Erratum: Merci à Rafi de drogueblog pour les corrections apportées.





Cannabis: Le débat s’impose

7 07 2010

Au mois de mars dernier, The Economist titrait « Comment faire cesser la guerre des drogues ». La revue britannique démontre – chiffres à la clé – que la légalisation d’un certain nombre de drogues serait « la moins mauvaise chose à faire » en terme de lutte contre le cannabis. Le raisonnement est le suivant : la prohibition nourrit la contrebande et le crime organisé, défavorise les pays les plus pauvres et – cerise sur le gâteau – s’avère réellement inefficace à réduire la consommation de cette drogue, dans pratiquement tous les pays de prohibition. Le débat en France reste pourtant vicié, sinon impossible. CQFD

« Ne fermons pas les yeux »

Ce titre est celui de la dernière campagne anti-drogues en France. C’est un beau slogan pour une telle campagne : car toute politique de prévention sur la drogue a pour objectif d’informer les citoyens sur les dangers de la drogue. Il s’agit donc d’éclairer les citoyens pour ne pas tomber dans certains pièges, et aussi pour faciliter l’accès aux services publics de l’aide aux toxicomanes et aux alcooliques.

Or, la prévention 2009 en France sur le cannabis (qui rentre maladroitement dans le panier des drogues dures) est un véritable ramassis de mensonges : l’un des spots intitulé « si les dealers vous disaient la vérité » commence avec un fond noir, une musique agressive, puis expose au téléspectateur un prototype de dealer diabolique d’une trentaine d’années, barbu, cheveux longs avec un phrasé particulièrement vulgaire. Il tient ensuite un discours à l’acheteur potentiel, c’est-à-dire le téléspectateur lui-même, en insistant sur « toutes les merdes » qu’il ajoute à son « shit ». Bien sûr, les symptômes sont annoncés : sueur froide, crise de paranoïa et finalement, hallucinations et défenestration. Symptômes que l’on observe… pas vraiment.

Ce qui choque, c’est la déformation complète de la réalité : on sur-représente certains aspects, on occulte certains autres, comme un miroir déformant. Il n’y a pas, dans cette campagne, un seul chiffre, ni un seul fait. Alors que les campagnes sur l’alcool, ou – dans un autre domaine – sur les accidents de la circulation, peuvent ouvrir un débat serein sur les faits, parce qu’elles nourrissent leur prévention de faits, et s’appuient sur des expériences concrètes. Mais sur le cannabis, le gouvernement n’a pas une politique de vérité, mais une politique de contre-vérité par une désinformation, en modèle de miroir déformant : diaboliser pour mieux combattre.

Propos de scientifiques éminents à l’appui, voici ce que l’on peut dire… sans pour autant clore le débat médical.

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