Cannabis, violence et criminalité

3 02 2011

Il est évident qu’il existe une certaine association entre les substances psychoactives et la criminalité.  Il est tout aussi évident que ce lien est beaucoup plus complexe qu’on ne le dit parfois, comme l’a souligné le professeur Brochu lors de son témoignage devant le Comité.

« Seulement à mon bureau de l’Université de Montréal, 2 973 études tentent d’établir un lien entre les substances psychoactives et la criminalité.  La majorité de ces études viennent des États-Unis ou de pays anglophones, et cela a pour effet de teinter quelque peu la vision des choses parce qu’on sait que nos voisins américains ont opté pour une approche répressive dans le domaine des drogues illicites.  Ce qui ressort de l’ensemble de ces études, c’est la complexité du lien entre la drogue et le crime. »

Depuis son témoignage, le professeur Brochu a rendu publique l’étude dont il a fait mention au Comité.

On peut examiner la relation drogue – criminalité sous au moins trois angles : les effets de la substance elle-même, les effets du coût de la substance, et l’appartenance de la drogue au monde illicite.cannabis violence et criminalité

Une proportion importante des contrevenants a des problèmes reliés à l’abus de substances psychoactives, l’alcool au premier plan.  De fait, l’étude conclut que l’alcool est la substance la plus fréquemment associée aux délits de violence ; dans le cas des délits contre la propriété, ce sont les drogues illicites qui dominent.  Le cannabis venait au troisième rang (3 à 6 % selon l’étude), loin derrière l’alcool (24 %) et la cocaïne (8 à 11 %).

Sur la seconde approche, les auteurs établissent qu’entre 17 % et 24 % des détenus ont commis une infraction pour se procurer l’argent nécessaire à l’achat de la substance de choix, la plupart du temps de la cocaïne.

Enfin, sur la troisième approche, le fait que les drogues illicites soient marginalisées fait en sorte d’exposer les usagers à un milieu déviant.  Nous avons noté à la section précédente que, concernant le cannabis, le fait que les revendeurs puissent offrir de l’héroïne ou du crack en même temps que du cannabis peut favoriser une trajectoire de passerelle vers ces autres drogues.  De la même manière, le fait que ces substances soient illégales peut contribuer à amener des personnes vers une trajectoire délinquante.  De plus, le milieu du trafic de drogues est un milieu relativement violent où se commettent toute une série d’infractions.  Enfin, le seul fait de vendre du cannabis constitue en soi une infraction pénale et l’on sait qu’un certain nombre de personnes sont incarcérées pour cette raison (du moins si la quantité est supérieure à 30 grammes).

Au total, le cannabis en soi ne mène pas à une trajectoire délinquante et c’est plutôt l’inverse qui pourra se produire : une personne s’inscrivant jeune dans une trajectoire de délinquance sera plus rapidement exposée aux drogues illicites et pourra expérimenter plus tôt et s’installer plus tôt dans une carrière de consommateur.

De plus, en raison même de ses effets psychoactifs relaxants et euphorisants et de ses effets moteurs sur le relâchement du tonus musculaire, le cannabis est peu propice à entraîner des actes de violence.

Les données des études sur les consommateurs à long terme confirment ce portrait d’ensemble sur la relation entre cannabis et criminalité.  Ainsi, Cohen et Kaal ont observé que moins de 5 % de leurs répondants avaient commis des infractions pour obtenir du cannabis (menus larcins, vol à l’étalage, vols).  L’infraction la plus fréquemment commise pour obtenir du cannabis était d’en vendre.

En somme, le Comité retient que le cannabis n’est pas une cause de violence ni de criminalité sauf dans de rares cas et à l’exception bien entendu de la conduite sous l’influence dont il sera question au chapitre 8.

site source :http://www.parl.gc.ca/37/1/parlbus/commbus/senate/com-f/ille-f/rep-f/repfinalvol1part2-f.htm#Cannabis, violence et criminalité

pour accéder au rapport complet du comité spécial du sénat canadien en 2002 trés intéressant je trouve et qui démontre une fois de plus …

lien : http://www.parl.gc.ca/37/1/parlbus/commbus/senate/com-f/ille-f/rep-f/repfinalvol3-f.htm

 

Cet article a été écrit par: Marcoelkako sur son blog Le kako





IL FAUT CHANGER TOUTE LA POLITIQUE DE LA DROGUE

5 07 2010

A l’occasion de la sortie d’un livre, l’ancien procureur général du Tessin, député radical au Conseil des Etats, propose de libéraliser le commerce de la drogue et de le faire passer entre les mains de l’Etat.

Entretient par Robert Habel – Mis en ligne le 15.06.2010
Procureur général du Tessin dans les années 80 et aujourd’hui conseiller aux Etats à Berne. Dick Marty, 65 ans, a présenté le week-end dernier un livre de l’ex-super flic Fausto Cattaneo, qui travailla pour lui comme agent infiltré dans une enquête sur les filières de la drogue. Il en a profité pour préconiser une décriminalisation du commerce de la drogue. Rencontre dans son bureau, au centre de Lugano.

  • Vous êtes partisan d’une libéralisation du commerce des drogues?

Je ne suis pas pour une libéralisation, mais pour une remise en question du régime prohibitionniste actuel. On doit avoir la lucidité de faire le bilan de la lutte qu’on mène depuis des décennies sur le plan mondial. Ce bilan, à mon avis, est désastreux: on a créé et alimenté une criminalité sans précédent, qui manie des centaines de milliards de dollars et a créé une culture de type mafieux, corrompu des Etats entiers, infiltré l’économie classique… La répression permet de prendre parfois des petits poissons, mais pas les gros bonnets. Alors il faut s’interroger. La première référence historique, c’est la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis, de 1920 à 1932.

  • C’était une catastrophe totale…

Oui. D’un côté, on a créé une criminalité organisée avec énormément d’argent et, de l’autre, on a provoqué des problèmes de santé terribles, parce que l’alcool était souvent frelaté. Aujourd’hui, c’est la même chose pour la drogue. Quand on parle de décès par overdose, c’est souvent parce que la drogue était de mauvaise qualité. Mais si une personne consomme, par exemple, de l’héroïne propre, sous surveillance médicale, elle pourra vivre et travailler normalement. Lire le reste de cette entrée »








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